Vol en bord de mer : un été qui interroge notre prévention

De nombreux accidents, dont un mortel, sont survenus cet été sur les sites de vol du Cotentin. Une succession inhabituelle qui invite à questionner notre perception des sites côtiers et l’efficacité de nos actions de prévention.

Les circonstances étaient différentes, mais ces événements ont notamment impliqué des difficultés à rejoindre une zone d’atterrissage et une chute à proximité immédiate d’un obstacle. Deux accidents ont occasionné d’importantes fractures. Le troisième, survenu à Biville, a provoqué de graves lésions cérébrales ayant entraîné le décès du pilote.

Personne n’ayant directement assisté à ce dernier accident, ses circonstances exactes restent inconnues. Le pilote ne portait toutefois pas de casque et évoluait dans une zone où l’aérologie est connue turbulente.

Nos pensées vont aux victimes, à leurs proches ainsi qu’aux personnes présentes lors de ces événements.

Des sites maritimes faussement accessibles

Les sites côtiers peuvent donner une impression trompeuse de facilité. Le relief est peu élevé, le vent paraît souvent régulier et le décollage semble accessible.

Cette apparente simplicité ne doit pourtant pas faire oublier leurs spécificités : turbulences à proximité du relief ou de certains obstacles, gradient de vent, cycles thermiques, proximité avec le relief et les obstacles, espaces restreints ou disparition de la plage à marée haute.

Lorsque l’on vole près du relief, une erreur de trajectoire ou une perte d’altitude laisse également peu de temps et d’espace pour réagir. Une bonne connaissance du site, l’anticipation permanente d’une possibilité d’atterrissage et le maintien de marges de sécurité suffisantes restent donc essentiels.

Cette succession d’accidents rappelle aussi l’importance des équipements de protection, à commencer par le casque. Celui-ci ne supprime évidemment pas le risque, mais constitue une protection élémentaire dont il paraît difficile de se passer dans une activité où une chute, même de faible hauteur, peut avoir de lourdes conséquences.

Des messages de prévention encore insuffisamment entendus

Le club diffuse déjà de nombreuses informations sur ses panneaux, son site internet et ses réseaux sociaux. Ses adhérents interviennent aussi régulièrement sur le terrain pour signaler un danger, rappeler une réglementation ou conseiller un pilote qui découvre le site.

Mais ces messages ne sont pas toujours consultés ni bien reçus. Certains pilotes arrivent sans avoir recherché d’informations locales. D’autres peuvent interpréter une remarque comme une volonté de contrôler leur pratique, alors qu’elle relève simplement d’une démarche de prévention.

Deux jours après l’accident mortel de Biville, un pilote volait sur le même site sans casque, malgré les rappels qui lui avaient été adressés. Dix jours plus tard, un biplaceur et son passager volaient eux aussi sans casque.

Comment rendre ces messages plus visibles et plus efficaces ? Comment aborder un pilote sans provoquer une réaction défensive ? Comment transmettre une information ferme tout en conservant une posture accueillante et bienveillante ? Au-delà du contenu des messages, leur formulation et la manière de les transmettre méritent sans doute d’être travaillées collectivement.

Un constat préoccupant, sans conclusion hâtive

Les trois accidents graves survenus cet été ont concerné des pilotes extérieurs au club. Ce constat ne permet pas, à lui seul, de conclure que les visiteurs ou les écoles étrangères sont statistiquement davantage exposés. Il met néanmoins en lumière une difficulté particulière : les pilotes locaux connaissent les pièges des sites, les zones turbulentes, les possibilités de repli et l’évolution des conditions, tandis qu’un pilote de passage peut sous-estimer ces spécificités.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer pilotes locaux et visiteurs, mais de mieux transmettre cette connaissance du terrain à tous ceux qui viennent voler en bord de mer.

Cette succession d’accidents doit nous conduire à poursuivre le partage des retours d’expérience entre clubs, à améliorer l’accueil des groupes et à rechercher de nouvelles formes de prévention. On invite bien sûr les clubs normands confrontés à des problématiques similaires à partager leurs initiatives, leurs difficultés et les solutions qu’ils ont mises en place.

Car derrière les panneaux, les règlements et les statistiques, l’objectif reste le même : permettre à chacun de pratiquer librement, mais avec une conscience juste des risques et des marges indispensables à la sécurité collective.

⛑️ En cas d’accident : les bons réflexes

Donner l’alerte

112 : numéro à privilégier pour tout accident ou pilote blessé.
18 : sapeurs-pompiers.
15 : urgence médicale – SAMU.
191 : urgence aéronautique, notamment en cas de détresse, d’accident observé en vol ou de disparition d’un pilote.
196 : urgence en mer ou amerrissage. Depuis un navire équipé, utiliser le canal 16 d’une VHF marine.
114 : urgence par SMS, application ou tchat pour les personnes sourdes, malentendantes ou dans l’impossibilité de parler.

Utiliser la fréquence FFVL

La fréquence 143,9875 MHz est la fréquence nationale FFVL dédiée à la sécurité et aux informations météorologiques. Elle permet de signaler un accident, de contacter les pilotes présents et de rester à l’écoute des secours.

Elle doit rester libre pendant toute l’intervention et complète, sans le remplacer, l’appel au 112.

Transmettre les bonnes informations

Indiquez aussi précisément que possible :
– le nom du site et la commune ;
– les coordonnées GPS et, si possible, l’altitude ;
– l’accès le plus proche et la couleur de la voile ;
– le nombre de victimes et leur état apparent ;
– les dangers présents : falaise, eau, ligne électrique, circulation, voile instable… ;
– les conditions météorologiques locales, notamment le vent et la visibilité ;
– votre nom et votre numéro de téléphone.

Restez joignable et ne raccrochez pas avant que l’opérateur ne vous le demande.

Sécuriser la zone

– Assurez d’abord votre propre sécurité et évitez tout suraccident.
– Ne déplacez pas la victime et ne lui retirez pas son casque, sauf danger immédiat ou consigne des secours.
– Protégez-la du froid, rassurez-la et suivez les instructions données par le 112.
– En cas d’intervention héliportée, interrompez les décollages et prévenez les pilotes en vol, repliez ou immobilisez les voiles et tout objet susceptible de s’envoler. Libérez largement l’espace aérien et restez à l’écoute sur 143,9875 MHz.

Être retrouvable

Avant chaque vol :
– emportez un téléphone chargé et accessible ;
– utilisez une radio chargée, réglée sur la fréquence FFVL ;
– informez un proche du site ou du parcours envisagé ;
– activez un suivi en direct et partagez-le avec un proche ;
– configurez votre clé de tracking FFVL dans VLSafe ou un outil compatible ;
consultez les consignes locales, les espaces aériens, la météo, les balises FFVL et SpotAiR.

Après l’événement

Une fois l’urgence prise en charge, pensez à informer le club gestionnaire et à effectuer une déclaration d’accident ou d’événement de sécurité auprès de la FFVL. Les retours d’expérience, y compris sans blessure, contribuent à la prévention collective.